ARTS VISUELS

Le Musée d’art de Joliette à la table des grands

Comme les autres musées canadiens, le Musée d’art de Joliette a dû s’adapter pour remplir sa mission culturelle et sociale auprès des amateurs d’art de Lanaudière. Mais il ne s’est pas arrêté là, déployant beaucoup d’énergie sur la scène canadienne pour promouvoir le secteur muséal et préparer la réouverture des musées. 

Au début de la crise, le Musée d’art de Joliette (MAJ) a lancé une initiative virtuelle originale, Le musée en quarantaine. Visant à générer, chaque semaine, une expo virtuelle d’œuvres soumises par des citoyens, elle a pris des proportions qui dépassent le caractère régional de l’institution lanaudoise. 

Voyez les dernières œuvres du Musée en quarantaine

https://www.museeenquarantaine.com/semaine-8-art-et-empathie. 

« Le Musée en quarantaine fonctionne très bien, dit Jean-François Bélisle, directeur général et conservateur en chef du MAJ depuis quatre ans. C’est très positif. Je parle avec bien des confrères et des consœurs d’autres musées qui doivent faire face à une sorte de marasme à l’interne, avec un sentiment d’insécurité notamment. Nous, le fait de travailler sur quelque chose de constructif et de positif, ça motive. »

Cette énergie positive, Jean-François Bélisle l’a semée sur la scène canadienne et québécoise. Même si l’institution qu’il dirige n’a pas la taille des grands musées canadiens, l’ex-directeur général d’Arsenal communique en permanence avec des directeurs de musée de tout le pays pour évoquer les conséquences de la crise.

« Les partenariats entre musées se sont multipliés de façon incroyable avec cette crise, dit-il. Je ne sais pas ce que ça va avoir comme conséquences à long terme, mais j’ai l’impression que c’est super positif. »

Le Musée d’art de Joliette s’est mobilisé très tôt pour réagir à la crise. Même s’il est perçu comme un musée régional avec ses 26 employés, il participe à d’influentes cellules de crise liées à la COVID-19 autant du côté fédéral que provincial.

« Avec le MAJ, nous sommes les deux musées québécois sur le nouvellement créé COVID task force du CAMDO [Organisation des directeurs de musées canadiens]. »

— Nathalie Bondil, directrice générale du Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM)

Le MAJ et le MBAM échangent des idées avec des musées canadiens importants tels que le Vancouver Gallery ou le Musée des beaux-arts de l’Ontario. « On a des échanges chaque semaine sur les bons procédés à suivre, on collabore sur le déconfinement ou sur des questions financières, dit Jean-François Bélisle. Notre proactivité nous a permis de nous asseoir à la table des grands. »

Du coup, le directeur du MAJ a créé une cellule de crise québécoise consacrée à la COVID-19 avec Nathalie Bondil. « On est maintenant 12 musées du Québec à échanger sur les bonnes pratiques à suivre et à travailler pour faire en sorte que les gouvernements prennent conscience de notre réalité », dit-il.

Le Musée d’art de Joliette a aussi participé à la création de Field Trip, une plateforme numérique de promotion d’une trentaine de musées du Canada. Lancée par le musée Contemporary Calgary, Field Trip permet de faire connaître les expériences et initiatives muséales d’un océan à l’autre.

Consultez la plateforme Field Trip (en anglais)

fieldtrip.art

Organiser la réouverture

Mais le sujet de l’heure est la prochaine réouverture des musées au Québec. Qu’elles soient privées ou publiques, les institutions muséales n’ont pas encore d’échéancier, mais elles savent qu’elles rouvriront bien avant d’autres activités culturelles puisque les musées sont capables d’imposer facilement des règles sanitaires et de contrôler les flux d’entrées.

Concocté ces dernières semaines par le ministère de la Culture du Québec et la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST), à partir d’un plan de relance des quatre musées que sont le MBAM, le Musée d’art contemporain de Montréal, le Musée national des beaux-arts du Québec et le Musée de la civilisation de Québec, un guide de réouverture des musées a été établi en collaboration avec la Santé publique et la Société des musées du Québec. Il va inspirer le gouvernement du Québec dans sa stratégie de réouverture des musées et des bibliothèques qui sera annoncée sous peu.

« Le ministère de la Culture est au courant qu’on est prêts à rouvrir de façon sécuritaire, dit M. Bélisle. Mais c’est la Santé publique qui décidera du bon moment. Nous, on a besoin d’une dizaine de jours pour s’organiser, une fois qu’on nous donnera le feu vert. Ça peut être très rapide. On achète actuellement le matériel nécessaire, que ce soit des séparations de plexiglas, des gels désinfectants, des visières et des masques. Et on regarde comment organiser le travail des employés et comment accueillir les visiteurs. »

Au programme

Les expositions Modèles au féminin, Maude Bernier Chabot, Brie Ruais, Elizabeth Zvonar. Images rémanentes et Monique Régimbald-Zeiber. Les ouvrages et les heures, que le MAJ avait à son programme ce printemps, sont prolongées jusqu’au 6 septembre.

Jean-François Bélisle espère que malgré les craintes occasionnées par la pandémie, les visiteurs seront de retour cet été dans les musées. Pour redonner un peu d’espoir à des institutions durement touchées, notamment les musées privés qui savent que leurs pertes ne seront pas compensées par les deniers publics.

« Si les gouvernements compensaient ces pertes, ce serait sans fin, on le comprend très bien, dit M. Bélisle. La subvention salariale, heureusement, nous aide beaucoup, mais les musées ont des frais fixes, pour notamment maintenir de façon sécuritaire les collections. »

La grande question du Musée d’art de Joliette est donc de savoir si la philanthropie dont il a bénéficié dans le passé et qui représente le quart de son budget annuel lui permettra de sortir la tête de l’eau. Jean-François Bélisle croise les doigts en espérant que son Bal du musée ait lieu le 19 septembre prochain.

Consultez le site du Musée d’art de Joliette

https://www.museejoliette.org/fr/

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.