Coastal Gaslink

Rails sabotés et banques attaquées à Montréal

Des voies ferrées sabotées, des banques vandalisées et des entreprises inquiètes. La lutte d’une communauté autochtone de l’Ouest canadien contre un gazoduc pousse des militants d’extrême gauche montréalais à multiplier les coups d’éclat, parfois risqués, de ce côté-ci du pays.

Depuis l’automne, des anarchistes ont revendiqué des attaques contre 10 installations de la Banque Royale du Canada (RBC), ainsi que 7 blocages ou sabotages de voies ferrées dans le Grand Montréal, a constaté La Presse.

Les militants veulent ainsi dénoncer le projet de gazoduc Coastal Gaslink, qui doit relier la côte Pacifique aux Rocheuses en passant par les territoires de communautés autochtones. Parmi elles, une partie de la communauté Wet’suwet’en oppose un refus farouche à l’utilisation de ses terres ancestrales.

La RBC fait partie de la structure de financement du projet, ce qui en fait une cible des militants d’extrême gauche.

Le 26 octobre dernier, des anarchistes se sont vantés d’avoir fracassé les vitrines ou souillé de peinture six succursales montréalaises de la RBC. « Si RBC veut faire chier, RBC va en subir les conséquences », avant de menacer les « membres du C.A. » de l’entreprise, de qui ils ont « des noms et des adresses ». Le 30 décembre, « plus d’une douzaine de baies vitrées ont été brisées au siège social québécois de la RBC, au centre-ville de Montréal », ont décrit les responsables.

Attaques « très préoccupantes »

Visée à répétition, l’institution financière dit s’inquiéter de la possibilité que ces attaques puissent faire des blessés.

« Plusieurs de nos succursales ont été la cible de vandalisme et, de ce fait, de nombreux dommages ont été causés à nos propriétés. »

— Jessica Assaf, porte-parole de la RBC

Elle a poursuivi : « Bien que nous respections le droit de tous les individus de faire entendre leur voix sur des sujets importants qui nous concernent tous, tout en le faisant de manière pacifique, les actions d’un petit nombre d’individus qui endommagent des biens et mettent en danger la sécurité d’autrui sont très préoccupantes. »

La RBC dit collaborer avec la police afin de faire la lumière sur cette situation.

« Nous avons fait fondre une section des rails »

Pendant que certains s’attaquent aux banques, d’autres militants s’en prennent aux chemins de fer. Motif ? « Le chemin de fer a été le signe avant-coureur de la colonisation et du génocide des peuples indigènes », indique l’un de leurs communiqués.

« Le soir du 25 [décembre], à Montréal, nous avons saboté deux voies ferrées en solidarité avec les défenseur.es de la terre Wet’suwet’en », assure ainsi un groupe anonyme, qui décrit le sabotage ferroviaire comme une « opportunité du temps des Fêtes ». Un autre texte décrit une action plus élaborée où des individus ont physiquement bloqué un train en allumant des feux de pneus sur une voie ferrée de Montréal, devant un train.

Des militants ont carrément publié des instructions détaillées pour saboter le système de signalisation de la circulation ferroviaire. Un anarchiste dit d’ailleurs avoir « fait fondre une section des rails » d’un chemin de fer du port de Matane, fin novembre.

À d’autres occasions, des groupes plus importants ont investi l’emprise du chemin de fer afin de manifester, de jour. Ce fut notamment le cas le 9 octobre à Pointe-Saint-Charles, en novembre dans le Mile End et le 4 décembre à Saint-Lambert. Mi-novembre, c’est la rue Notre-Dame qui a été bloquée en pleine heure de pointe matinale par des incendies de pneus et de tables de pique-nique.

Le Canadien National n’a pas voulu commenter le dossier parce que des enquêtes sont en cours. Le Canadien Pacifique n’avait pas émis de commentaires au moment d’écrire ces lignes.

Plateforme anonyme

La quasi-totalité des communiqués de revendication des anarchistes ont été diffusés sur une plateforme virtuelle qui cause des maux de tête aux autorités depuis des années.

Montréal Contre-Information sert de babillard public et anonyme pour les militants d’extrême gauche qui veulent se vanter de leurs actions.

Il y a cinq ans, la police avait tenté de débusquer les gestionnaires du site après la publication d’un texte qui revendiquait une agression physique. À l’époque, le site était hébergé par une entreprise française qui refusait de dévoiler le nom de ses clients. Il a depuis déménagé.

L’opposition d’une partie des Wet’suwet’en à la construction de Coastal Gaslink occupait l’actualité au début de l’année 2020, avec de nombreux blocages ferroviaires en solidarité avec la communauté partout au pays. En mars, la pandémie de COVID-19 a toutefois rapidement éclipsé leur lutte de l’avant-scène médiatique.

Des actions ont toutefois continué afin de tenter de bloquer le chantier de construction du gazoduc, dans le nord de la Colombie-Britannique.

La semaine dernière, le promoteur du projet a indiqué à CBC News qu’il avait repris les travaux de construction après que « des groupes d’opposition ont quitté » un chemin forestier près de la rivière Morice. Ils l’avaient occupé pendant deux semaines.

Le conseil de bande des Wet’suwet’en a donné son feu vert à la construction du gazoduc à travers son territoire, mais une autre structure – les chefs héréditaires – désapprouvent cette décision. L’opposition se réclame de cette position.

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.