House of Gucci

Comme un épisode de luxe de Dynastie

À peine plus d’un mois après nous avoir offert l’excellent The Last Duel, bide injuste au box-office, le vétéran Ridley Scott (Blade Runner, Gladiator) nous propose un long métrage totalement différent, à coup sûr divertissant, mais dont la tonalité est tellement particulière qu’on ne sait trop où se situer.

Dans House of Gucci (La saga Gucci en version française), personne ne semble jouer dans le même film, personne n’emprunte le même accent non plus, et l’on ne sait si le malin plaisir que les artisans semblent prendre à taquiner le grotesque et frôler le ridicule est volontaire ou pas. Pourtant, ce drame biographique soutient quand même l’intérêt. En vérité, on s’amuse de cette intrigue digne d’un roman-savon, qu’on regarde comme un épisode de luxe de Dynastie.

Inspiré d’une histoire véridique, visiblement romancée (Becky Johnston et Roberto Bentivegna ont tiré leur scénario d’un bouquin de Sara Gay Forden), le récit s’étale sur deux décennies afin de raconter le parcours de Patrizia Reggiani (Lady Gaga), une femme travaillant d’abord dans l’administration de l’entreprise de transport que dirige son père. Sa vie basculera le jour où elle épousera Maurizio Gucci, richissime petit-fils de Guccio Gucci, fondateur de la célèbre maison qui porte son nom.

Un opéra-savon en trois actes

Il y a d’abord la rencontre, dans les années 1970, au cours d’une grande fête privée où le DJ ne dispose apparemment que de trois albums de Donna Summer. Quand elle découvre enfin le nom de famille d’un grand inconnu tiré à quatre épingles, timide et maladroit, l’intérêt de Patrizia s’émoustille en moins de temps qu’il ne faut pour dire « arriviste ». Son jeu de séductrice la mènera jusqu’à l’autel, au grand dam de Rodolfo (Jeremy Irons), le père de Maurizio qui, du haut de son improbable accent britannico-italien, désapprouve l’union au point de couper les vivres à son fils.

On s’attarde ensuite à décrire la vie conjugale du couple, d’abord heureuse, marquée surtout par les manigances stratégiques de Patrizia afin que Maurizio obtienne le contrôle de l’entreprise. Cela signifie qu’elle fera tout ce qu’elle peut pour écarter l’oncle Aldo (Al Pacino, super éclaté) et l’imbécile de fils de ce dernier, Paolo (Jared Leto, méconnaissable et clownesque). Mais le mariage bat de l’aile. Et la jalousie s’installe.

Le dernier acte est consacré à tout ce qui mènera à l’assassinat de Maurizio dans une rue de Milan en 1995. Marquée par l’arrivée dans le décor d’une voyante que Patrizia découvre à la télé et qu’elle impliquera dans l’affaire (Salma Hayek), cette partie aurait en principe dû être la mieux ficelée. Or, rendu à cette étape, plus rien ne semble avoir de l’importance.

La scène dans un spa où les deux femmes discutent est déjà digne de figurer dans une anthologie psychotronique, tout comme celle, absurde, où des hommes de main sont mis à contribution. Dans ces circonstances, il est impossible de prendre ce film le moindrement au sérieux.

Même si l’histoire est véridique et implique de vraies personnes, House of Gucci n’a strictement rien d’une série true crime.

Si Adam Driver semble un peu éteint dans ce soap trop long où tout le monde en fait des tonnes, Lady Gaga trouve cependant ici un rôle à sa mesure. Les années 1980 lui vont à ravir.

En salle en version originale anglaise (avec de mauvais accents italiens) et en version française

Drame biographique

House of Gucci

Ridley Scott

Avec Lady Gaga, Adam Driver, Jared Leto

2 h 37

En salle

* * *

Encanto

Un tour de force de Disney

SYNOPSIS

Les 12 membres d’une même famille, chapeautée par la grand-mère Abuela Alma, habitent dans une maison enchantée au cœur de la forêt de l’Amazonie colombienne. Tous ont un pouvoir particulier, sauf Mirabel, qui ne se sent pas à la hauteur. Or, le sort des siens repose sur ses épaules.

Disney a l’habitude de recourir à la magie et en a fait sa marque de commerce. Son 60film d’animation s’inscrit dans cette tradition, qui lui permet de transcender la réalité. Sauf que la véritable magie, cette fois-ci, se trouve dans la relation entre les divers personnages de la famille Madrigal, auxquels on peut tous s’identifier, et qui devient plus forte lorsque tous apprennent à mieux se connaître et découvrent les autres sous un nouveau jour.

Jared Bush et Byron Howard, qui ont déjà fait équipe pour réaliser Zootopia, ont travaillé en étroite collaboration avec la scénariste et coréalisatrice Charise Castro Smith (qui a notamment écrit le scénario de The Haunting of Hill House) et l’auteur-compositeur Lin-Manuel Miranda (Hamilton, In the Heights). Ce dernier, qui s’est engagé dans le projet dès le début, a contribué aux 8 chansons de cette comédie musicale riche en couleurs, où chacun des 12 personnages se distingue à sa façon. Ce qui, en soi, est un tour de force.

Avec chaque film d’animation, Disney hausse la barre et crée des attentes élevées. Cette fois-ci, l’équipe de créateurs y répond avec ses chansons enlevantes qui vont au rythme de la musique colombienne, avec une bonne dose d’humour, autant dans les détails visuels que dans les dialogues, et avec l’extrême beauté de ses images. Sans oublier ses personnages attachants ancrés dans leur culture, ses sympathiques animaux tout droit sortis de l’Amazonie et, bien sûr, sa touche de magie. Il n’y a, cette fois-ci, ni princesse ni méchant à combattre. La menace vient plutôt de l’intérieur, dans les rôles que tous s’astreignent à jouer pour plaire aux autres (et à la grand-mère Abuela Alma) et qui les empêchent de s’épanouir.

Il y a par exemple Isabela (Diane Guerrero), qui fait pousser des fleurs partout, tout en étant prisonnière de son image parfaite, et Luisa (Jessica Darrow), qui met sa force surhumaine au service de la communauté, mais ploie sous la pression. Elles sont les sœurs aînées de Mirabel (Stephanie Beatriz), la seule des enfants et petits-enfants d’Abuela Alma qui n’est pas dotée d’un talent spécial.

Elle est aussi la seule à remarquer les fissures de plus en plus nombreuses dans les murs et le plancher de leur précieuse maison, qui est un reflet de leur image. Cette habitation enchantée, à laquelle fait référence le titre du film (Encanto ; Encanto – La fantastique famille Madrigal, en version française), est vivante, remplie de magie et animée d’une bonne volonté. Elle est une membre à part entière de la famille, que veut à tout prix préserver Abuela Alma (Maria Cecilia Botero). Mais la matriarche a elle-même peur de faillir à ses responsabilités.

La quête de Mirabel est avant tout motivée par l’amour qu’elle ressent pour ses proches. La remise en question des rôles de chacun au sein de la famille, pour en arriver à une sincère harmonie, touchera autant les grands que les petits. Le lancement de cette œuvre très touchante, à l’approche des Fêtes, ne pourrait mieux tomber.

Film d’animation

Encanto

Jared Bush et Byron Howard

Avec les voix de Stephanie Beatriz, Maria Cecilia Botero, John Leguizamo

1 h 49

En salle

* * * * 1/2

Bruised

Une arrivée percutante à la réalisation

SYNOPSIS

Ex-championne d’arts martiaux mixtes tombée en disgrâce, Jackie Justice (Halle Berry) tente un retour à la compétition. Sa démarche attire un promoteur, qui lui offre un combat de championnat du monde. Mais sa route est remplie d’aspérités, notamment lorsque Manny, son fils de 6 ans confié en adoption, réapparaît dans sa vie.

Forte d’une carrière de plus de 30 ans, la comédienne Halle Berry passe, pour la première fois, derrière la caméra avec ce drame sportif. Peut-on parler d’un passage réussi à la réalisation pour la comédienne oscarisée en 2002 avec Monster’s Ball ? Oui ! Réussi et percutant.

Percutant dans le sens qu’une des belles qualités de ce long métrage tient dans l’intégralité de ses scènes de combat. Ça cogne. Ça brasse. C’est sans pitié. Le sang gicle. La sueur perle au front. Les cadrages sont serrés. Les scènes de bagarres, nombreuses et généreuses. C’est nerveux. Endiablé. Épuisant. Cruel. Brutal.

Assez convenu dans ses différents éléments narratifs, le scénario de Michelle Rosenfarb est néanmoins convaincant. Par exemple, on apprécie beaucoup cette ambiance très côte est américaine de l’histoire. Jackie vit à Newark, ville anonyme, grise, crasseuse, en banlieue de New York. Son combat de championnat contre Lady Killer (Valentina Shevchenko) a lieu à Atlantic City, ville aussi malmenée dans les dernières années qu’un ou une athlète de combat ayant passé trop de temps dans le ring.

Si tout cela vous fait vaguement penser à Rocky, c’est assez juste. Il est difficile de suivre l’histoire de Jackie Justice sans penser au parcours très « proche du peuple » de l’Étalon italien.

Hors du ring, ou plutôt de la cage, Jackie affronte plusieurs enjeux en même temps. Renouer avec son fils, renouer avec sa mère, mettre fin à une relation toxique avec son conjoint. Elle trouve rédemption auprès d’une entraîneuse, Bobbi Buddhakan Berroa (Sheila Atim), à la fois acharnée et adepte de spiritualité avec qui elle aura une relation amoureuse.

Ça fait beaucoup de choses à gérer. À notre avis, ces histoires secondaires sont trop nombreuses. On aurait pu sans doute abandonner quelques pistes pour resserrer l’ensemble. Le film tend d’ailleurs à s’essouffler un peu avant le combat.

Par ailleurs, et c’est une autre force du film, tous les comédiens sont convaincants, dont le jeune Danny Boyds Jr. qui incarne un Manny muré dans le silence. Dans le rôle de l’incontournable préparateur et homme de coin, ici le bon nommé Pops, Stephen McKinley Henderson est excellent.

Dans son genre, Bruised (Meurtrie en version française) n’invente rien. Mais son approche, très impitoyable, fait qu’on en sort un peu sonné. C’est drôle à dire, mais c’est bon signe !

En salle (cinéma Dollar en VOA seulement) et sur Netflix

DRAME SPORTIF

Bruised

Halle Berry

Avec Halle Berry, Sheila Atim, Stephen McKinley Henderson

2 h 09

En salle et sur Netflix

* * * 1/2

Bad Luck Banging or Loony Porn

Sexe, mensonges et internet

SYNOPSIS

La carrière d’une enseignante est menacée après la fuite sur l’internet d’une vidéo privée de nature sexuelle qu’elle a tournée avec son mari. Cette femme refuse cependant de céder sous la pression des parents qui réclament son licenciement.

Cette comédie dramatique, lauréate de l’Ours d’or du festival de Berlin cette année (et candidate roumaine aux Oscars dans la catégorie du meilleur film international), commence avec une première transgression. Radu Jude, cinéaste prolifique dont le long métrage le plus connu sur le plan international est Aferim !, présente d’entrée de jeu une scène sexuellement très explicite, d’un genre habituellement relégué au cinéma porno.

Il appert que la vedette de cette performance filmée n’importe comment est Emi (Katia Pascariu), une enseignante sans histoire et appréciée de tous qui, à son grand étonnement, a vu ce film maison, tourné par son mari (covedette plus anonyme de la séquence), se retrouver sur l’internet. C’est là que ça devient intéressant. Radu Jude, qui porte à l’écran un scénario qu’il a lui-même écrit, a visiblement voulu provoquer le spectateur dès le départ pour ensuite l’entraîner dans une réflexion sur la notion d’indécence et d’obscénité, à géométrie variable selon la nature du « scandale ».

Sur le ton de la satire, empruntant parfois un humour très grinçant, le récit met en contraste l’indignation – voire l’hypocrisie – de certains parents, qui voient en cette enseignante le pire exemple de dépravation et d’immoralité (mais qui n’hésitent pas à se repasser la séquence collectivement et à la commenter), et l’indifférence générale face à l’incivilité de notre époque. Il est à noter que ce long métrage tient aussi compte du contexte pandémique, ce qui ajoute à l’aspect un peu surréaliste de l’ensemble.

Plutôt que de s’écraser devant l’humiliation qu’on tente de lui faire subir, Emi renvoie plutôt à ses détracteurs des œuvres de grands poètes du pays pendant que le cinéaste, à la faveur d’un montage hallucinant où tout s’entremêle, rappelle des moments de l’histoire de la Roumanie teintés de sexisme, de racisme, de collaboration fasciste (sans oublier l’époque du régime Ceaușescu), et bien d’autres choses encore. Il tient aussi à traduire le cadre urbain agressant de Bucarest, dans lequel Emi doit évoluer quotidiennement.

Bad Luck Banging or Loony Porn (Mauvaise baise ou porno barjo est le titre québécois – bravo à la personne qui l’a trouvé !) ne fera certes pas l’unanimité, mais il a le mérite de mettre en lumière les contradictions de la société moderne.

En salle en version originale roumaine avec sous-titres français ou anglais.

Comédie dramatique

Bad Luck Banging or Loony Porn

Radu Jude

Avec Katia Pascariu, Claudia Ieremia, Olimpia Malai

1 h 46

En salle

* * * 1/2

Seules les bêtes

D’amour et d’identité

SYNOPSIS

Dans un haut plateau de la Lozère, en France, une femme, Evelyne Ducat, disparaît dans une violente tempête de neige. Seule sa voiture est retrouvée en bordure de route. Or, sans connaître les liens qui les unissent, cinq personnes dispersées sur deux continents sont impliquées dans ce qui a toutes les allures d’un drame insoluble.

Une personne honnête qui se fait voler son identité fera tout pour la retrouver, la protéger. Or, son identité, on peut aussi la cacher, la changer, la modifier, la renier… peu importe qui on est !

Quelle est, au juste, l’identité de tous les personnages de Seules les bêtes ? Qui vit dans le vrai ? Qui préfère le mensonge, la façade, la double vie ? Et qu’en est-il de cette Evelyne Ducat (Valeria Bruni Tedeschi) portée disparue ? Comme elle semble être une victime, son identité était-elle plus pure que celle des autres ? Peut-être pas…

Voilà autant de questions, de pistes, d’intrigues que le réalisateur Dominik Moll (Harry, un ami qui vous veut du bien) dépose tout au long de la route qu’il a tracée pour le spectateur dans ce formidable film à tiroirs.

Inspiré du roman noir homonyme signé Colin Niel, ce long métrage nous propose cinq histoires unies par la quête d’amour et l’identité. Ces histoires s’emboîtent, se font écho, se télescopent. On nous les raconte à travers une trame narrative complètement déconstruite. Chaque chapitre et chaque scène sont comme des pièces de puzzle que le réalisateur s’emploie à replacer lentement. Le spectateur en est alors partie prenante.

Et tout repose sur l’amour, ou plutôt le besoin d’amour, celui de sentir la chaleur de l’autre, mais aussi de se reconnaître dans le regard de l’autre.

Sans trop en dire sur l’intrigue, notons que tout part de Michel et Alice Farange (Denis Ménochet et Laure Calamy), un couple qui vit dans une maison isolée. Il est agriculteur et reste toujours à la maison. Elle est représentante en assurances et souvent sur la route. Leur couple se délite. Ils cherchent d’autres avenues. L’un d’eux va déclencher une avalanche aux proportions insoupçonnées.

Que l’histoire soit campée dans un des endroits les plus isolés et dépeuplés de France surligne davantage la vie cachée de chaque individu.

S’il y a une faiblesse, elle réside dans un abus de scènes où Michel écrit, pâmé, à la belle Amandine (Nadia Tereszkiewicz), dont l’identité a été usurpée. Ces scènes de « chat » deviennent lassantes et brisent le rythme du film qui, autrement, est emballant.

En fin de parcours, le réalisateur a gardé une surprise, une autre, qui ne peut que faire sourire. Il possédait une dernière carte dans son jeu. Il nous a bien eu.

DRAME, THRILLER

Seules les bêtes

Dominik Moll

Avec Denis Ménochet, Laure Calamy, Nadia Tereszkiewicz

1 h 58

En salle

* * * 1/2

Aline

Pour que nous l’aimions encore

SYNOPSIS

Benjamine d’une famille de 14 enfants et douée pour le chant, Aline Dieu passe d’une enfance anonyme à une vie de star internationale le jour où sa route croise celle de l’agent d’artistes Guy-Claude Kamar. Film librement inspiré de la carrière de Céline Dion.

Film-évènement en forme de lettre d’amour à Céline Dion, Aline se définit comme une œuvre « librement inspirée de » la carrière de la chanteuse. Une précision en forme de mise en garde nécessaire quand on surfe sur 45 ans de vie en un peu plus de deux heures. Le résultat ? Sympathique et inégal.

Le début d’Aline, étrange et bancal, emprunte aux codes de la fantaisie et de l’allégorie. Puis le film migre lentement vers un format proche du film biographique classique et linéaire.

Tant mieux, car après l’ouverture sur une diva immaculée écoutant la chanson Ordinaire de Robert Charlebois, on essaie de condenser l’histoire de deux générations de Dieu (Dion) en quelques minutes. Un exercice peu convaincant qu’on aurait pu escamoter.

Le choix qu’a fait Valérie Lemercier de jouer Aline à tous les âges ne nous a pas convaincu. Pas plus que l’accent vaguement gommé qui s’éloigne davantage qu’il ne se rapproche du personnage qu’elle a voulu incarner.

Et c’est d’autant plus dommage que pour lui donner la réplique, la réalisatrice a donné à Sylvain Marcel (Guy-Claude Kamar) et Danielle Fichaud (Sylvette Dieu) des rôles sur mesure. Danielle Fichaud est excellente en mère inquiète. Sylvain Marcel joue le rôle de sa vie. Il est René Angélil sans jamais le caricaturer.

Ailleurs, on sera d’accord ou pas avec le choix des éléments biographiques retenus et la vérité historique s’y rattachant. Céline à l’émission de Michel Jasmin diffusée à Radio-Canada dans le film (on voit le logo sur une caméra), vraiment ? Rien sur le fait qu’elle ait chanté pour le pape, un des premiers grands coups de sa carrière ?

Tout cela est excusable au nom du sacro-saint « librement inspiré de ». Ce qui nous a plus irrité est que tout le côté empathique du personnage d’Aline est évacué. Mis à part une séance de signatures trop sage et un vague échange avec quelques quidams, jamais cette Aline ne s’approche de son public. Oui, on la voit émue sur scène, mais jamais on ne sent une réelle chaleur humaine, une proximité.

Plusieurs beaux moments

Plus l’histoire d’Aline avance, meilleure elle est.

Le premier beau moment survient lorsque Aline, entre la fin de son adolescence et le début de sa vie adulte, danse seule dans une maison devenue beaucoup trop petite pour elle. Ici, Aline devient Alice sur le point de se retrouver au pays des merveilles. Une savoureuse métaphore.

En tout respect pour les membres de la famille Dion qui se sont exprimés, la famille Dieu présentée dans le film est par ailleurs bien loin des Bougon. Certes, ils sont parfois rustiques et il y a quelques passages réducteurs comme cet échange sur le Vôtican et cette scène où Aline réchauffe son repas avec un séchoir à cheveux en disant que c’est « à la québécoise ».

Mais autrement, la famille dépeinte dans le film est composée de gens bien qui chantent, s’amusent, s’entraident, aiment leur prochain et gagnent honnêtement leur vie. On est loin des Bougon cyniques et adeptes des petites combines.

Et si la fameuse scène où Aline, en robe de mariée, passe par la fenêtre, est inventée à sa face même, elle est précédée d’un plan magique où la famille, émue et souriante, entonne Mille après mille de Willie Lamothe au grand bonheur d’une Aline en larmes.

Ce moment musical s’ajoute à tous les autres qui constituent le socle du film. Toutes les séquences où Aline chante sont puissantes. La trame sonore est aussi étoilée de chansons d’autres artistes mettant en valeur certains passages, dont celui d’une Aline anonyme déambulant dans Las Vegas au son de Going to a Town de Rufus Wainwright.

Tout dans ce film consacré à Céline Dion a été créé et pensé pour que nous l’aimions encore. Mais ce n’est pas non plus le grand film qu’on peut attendre sur la diva de Charlemagne. Le champ cinématographique reste ouvert.

Comédie dramatique

Aline

Valérie Lemercier

Avec Valérie Lemercier, Sylvain Marcel et Danielle Fichaud

2 h 06

En salle

* * *

C’mon C’mon

Pour Joaquin Phoenix

SYNOPSIS

Une femme devant accompagner son conjoint alors que ce dernier doit être soigné pour sa santé mentale confie son fils de 9 ans à son frère, un journaliste célibataire.

Mike Mills est ce cinéaste qui, il y a 10 ans, a permis à Christopher Plummer d’obtenir enfin un Oscar grâce à sa performance dans Beginners. C’est avec lui que Joaquin Phoenix a choisi de faire son retour au cinéma, deux ans après Joker et la pléthore de prix que sa composition lui a value.

Dans C’mon C’mon (L’instant même est le titre français au Québec), l’acteur se glisse dans la peau de Johnny, un personnage beaucoup plus « ordinaire » que ceux auxquels il nous a habitués depuis quelques années. Tourné en noir et blanc, ce long métrage indépendant évoque la relation se développant entre un quadragénaire célibataire, dont la vie est plutôt désorganisée, et son jeune neveu, âgé de 9 ans (Woody Norman). Ce dernier aboutit chez son oncle, le temps que sa mère (Gaby Hoffmann) puisse aider son père (Scoot McNairy) à se refaire une santé mentale.

Même si le point de départ de cette histoire pourrait laisser croire le contraire, Mike Mills, qui signe son quatrième long métrage de fiction, n’emprunte aucunement ici une approche traditionnelle, encore moins hollywoodienne. Parsemé d’un voile mélancolique permanent, le récit s’attarde plutôt à analyser, trop parfois, les moindres actions des protagonistes, les moindres paroles qu’ils s’échangent. Pour bonifier son propos, le cinéaste fait de surcroît de Johnny un journaliste allant à la rencontre des jeunes aux quatre coins de l’Amérique en vue d’un reportage, histoire de leur demander comment ils entrevoient l’avenir. Cette piste semble avoir été choisie pour tendre vers quelque chose de plus substantiel, mais elle n’apporte finalement rien de plus.

Magnifiquement photographié (les images sont de Robbie Ryan, cité une fois aux Oscars grâce à The Favourite), C’mon C’mon fait partie de ce genre de film où les émotions sont rationalisées à un point où elles se retrouvent coincées dans leur élan. Cela dit, Joaquin Phoenix, toujours fascinant, est impeccable, et le jeune Woody Norman l’est tout autant.

En salle en version originale et en version originale sous-titrée en français

Drame

C’mon C’mon

Mike Mills

Avec Joaquin Phoenix, Woody Norman, Gaby Hoffmann

1 h 48

En salle

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