Québécois tués au Mexique

Un vol ou un règlement de comptes comme hypothèses principales

Les deux Québécois assassinés lundi à Playa del Carmen pourraient avoir été victimes d’un vol ou d’un règlement de comptes lié à des fraudes présumées.

C’est ce que rapportent des médias mexicains, citant des sources policières locales.

Raphaël Huppé, 44 ans, et Fannie Lorrain, 38 ans, ont été retrouvés assassinés lundi dans un condo de la 12Rue, dans le centre-ville de la populaire station balnéaire mexicaine. Les deux victimes auraient été poignardées au cou, selon les autorités.

Dans la résidence, la police aurait découvert des appareils technologiques sophistiqués permettant d’effectuer des opérations financières avec de la cryptomonnaie, ont rapporté des médias du Mexique.

On a aussi trouvé des preuves voulant qu’Huppé ait utilisé au moins trois identités différentes, dont l’une était Erick McCarthy.

Les enquêteurs mexicains veulent vérifier si Huppé a pu commettre des fraudes au Mexique.

« De fausses identifications avec la même identité que lui ont été trouvées. [L’homme et la femme] disposaient d’un équipement assez sophistiqué et les experts l’examineront pour déterminer s’il s’agirait d’une vengeance ou simplement d’un vol », a déclaré le procureur général de la région de Quintana Roo, Óscar Montes de Oca, cité par des médias locaux.

En cavale au Mexique

Raphaël Huppé se trouvait au Mexique depuis janvier 2016, ont indiqué les autorités. Depuis six ans, il faisait l’objet d’un mandat de recherche d’Interpol, et il s’est vraisemblablement établi au Mexique pour fuir la Gendarmerie royale du Canada (GRC).

La police fédérale l’avait arrêté en 2014 pour une affaire de fraude, mais la cause était pendante, selon les registres judiciaires.

En fait, Raphaël Huppé multipliait les infractions financières au pays. Même en son absence, les jugements contre lui se sont accumulés ces dernières années, après des poursuites de l’Autorité des marchés financiers et de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail.

Le dernier en date, en 2019, condamnait ses anciennes entreprises à payer 628 237 $ à une quarantaine d’ex-employés à la suite d’un licenciement collectif chez Recherches InterCore Canada inc., dirigée par Raphaël Huppé.

L’entreprise, qui a fini par licencier tous ses employés et déclarer faillite, prétendait avoir conçu un appareil de détection de la fatigue au volant, comme le rapportait La Presse à l’époque.

Des prête-noms dans le pétrin

InterCore utilisait trois autres entreprises pour payer ses employés. Deux d’entre elles portaient le nom de Raphaël Huppé : Huppé Etco et Huppé Studio. La Cour supérieure considérait qu’il en était l’âme dirigeante, mais sur papier, c’est un couple de Laval qui en était actionnaire : Danielle Beauchamp et Claude Brun.

Rencontrés par La Presse mercredi, ces deux anciens partenaires assurent que Raphaël Huppé les a mis dans le pétrin avant de prendre la poudre d’escampette au Mexique.

N’ont-ils pas accepté de jouer les prête-noms pour lui à l’époque ? « Aujourd’hui, on le comprend, concède Danielle Beauchamp. On l’a aidé à se partir son affaire. Maintenant, les autorités courent après nous. »

Elle assure qu’ils n’avaient rien à dire dans la direction des entreprises qu’ils ont lancées pour Raphaël Huppé, mais qu’ils ont dû payer des milliers de dollars pour honorer des jugements prononcés contre elles.

Claude Brun raconte même que la GRC est venue l’interroger. « Ils pensaient qu’on l’avait aidé à fuir », dit-il. La police aurait abandonné cette piste, mais le couple s’attend à recevoir d’autres réclamations.

L’année même de la faillite d’InterCore, Huppé publiait un livre décrivant les meilleures façons, selon lui, de se rendre au sommet : How I Get Things Done ! : No Matter What.

Le 3 septembre 2020, Raphaël Huppé avait commenté sur les réseaux sociaux un message de François Legault aux antimasques et aux conspirationnistes. « Il va finir par se faire tirer ce cliss là », avait-il écrit.

Des amis éplorés

Quant à Fannie Lorrain, selon sa page Facebook, elle a travaillé pour la Société Mer et Monde, de Montréal, qui se décrit comme un organisme d’initiation à la coopération internationale. La Société n’a pas répondu au message de La Presse.

La police mexicaine affirme que les victimes formaient un couple, ce que rejettent toutefois des amis de la jeune femme sur les réseaux sociaux, où plusieurs ont déploré sa mort.

« Aujourd’hui je pleure mon amie, je pleure mon ancienne collègue, je pleure ma confidente de fin de soirée, je pleure la formidable personne qui faisait briller les étoiles autour d’elle. Je pleure pour ne pas hurler ma rage », a écrit l’un d’eux.

« Ton décès est irréel, affreux, tragique et injuste. Hier encore nous étions à jouer avec les fourmis, enfants. Une partie de moi a grandi avec toi. Partout où tu allais, tu laissais tes rayons. Je ne peux pas croire cette horreur. Mais tu as touché tant de gens. Chacun d’eux, j’en suis sûre, se souvient d’une personne merveilleuse. Avec la vie devant soi. Je te souhaite la paix. Je t’embrasse », a renchéri une autre.

— Avec la collaboration de Maxime Bergeron, La Presse

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l’adresse postale de La Presse.

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.