Un an après la chute de Mugabe

Les espoirs de renouveau s’envolent

Un an après que Robert Mugabe eut été forcé de quitter le pouvoir, le changement promis par son successeur, Emmerson Mnangagwa, se fait attendre au Zimbabwe. Le parti de l’ancien chef d’État conserve la main haute sur le pays, la répression de l’opposition continue et l’économie demeure catastrophique.

Scénario familier

Le successeur de Robert Mugabe avait assuré en novembre dernier au pays et à la communauté internationale que des élections libres et irréprochables seraient rapidement tenues pour doter le Zimbabwe d’un président dûment élu. Le scrutin tenu cet été n’avait cependant rien à voir avec le scénario promis. L’opposition a crié à la fraude électorale avant que le résultat du dépouillement ne soit connu et l’armée a été envoyée pour mater les manifestants, faisant de nombreuses victimes. Après que la victoire eut été attribuée formellement à Emmerson Mnangagwa avec 50,8 % des voix, l’opposition a été traquée sans relâche.

Force « excessive »

Dans un rapport rendu public il y a quelques jours, une association de médecins du Zimbabwe qui milite pour le respect des droits de la personne a reproché aux soldats d’avoir fait usage d’une force « excessive » et « injustifiée ». Plusieurs des personnes blessées ou tuées par balles lors des manifestations ont été ciblées alors qu’elles cherchaient à fuir, selon l’organisation, qui dénonce notamment le fait que des « agents de l’État » ont empêché certains praticiens d’enquêter pleinement sur la nature des blessures subies pour cacher des preuves d’exactions. Le rapport a été rejeté « avec mépris » par l’armée, bien qu’il existe plusieurs vidéos montrant les soldats qui ouvrent le feu sur des civils.

Des démentis « ridicules »

Steven Feldstein, un ancien analyste du département d’État américain spécialisé dans l’Afrique qui enseigne à la Boise State University, dans l’Idaho, note que les démentis de l’armée sont « ridicules » puisque les forces de sécurité disposent du « monopole » de la violence au Zimbabwe. Les prétentions de démocratisation du pays avancées par Emmerson Mnangagwa sont du même acabit, dit-il. « Il continue de chercher à projeter l’idée à l’étranger que le Zimbabwe se transforme et a rompu avec l’ère Mugabe, mais les faits sur le terrain démontrent le contraire », dit-il. « Plus ça change, plus c’est pareil », relève dans la même veine Enock Mudzamiri, un analyste originaire de Harare rattaché à une université sud-africaine.

Homme de main de Mugabe

Selon M. Mudzamiri, la transition politique ayant mené au remplacement de Robert Mugabe n’était pas « une question de démocratisation, mais une question de règlement de comptes au sein du ZANU-PF », le parti du président. Le camp d’Emmerson Mnangagwa a réussi à forcer le vieux chef d’État à quitter le pouvoir après près de 40 ans de règne et s’est servi pour y parvenir de l’indignation populaire sans avoir véritablement l’intention de faire changer les choses. Le passé du nouveau président, qui a longtemps agi comme l’homme de main de Robert Mugabe, rendait prévisible ce scénario, relève M. Feldstein. « Il n’y a pas vraiment de circonstance favorable actuellement pour qu’un véritable changement se produise », souligne l’analyste, en notant que l’opposition est affaiblie et désorganisée.

La catastrophe économique perdure

Le maintien du statu quo sur le plan politique signifie que les pratiques de corruption et de mauvaise gestion du passé perdurent et minent les chances d’une relance économique du pays, explique M. Feldstein. Emmerson Mnangagwa « évite de faire les choix difficiles », relève l’analyste, en précisant que le Fonds monétaire international refuse de venir en aide au pays, par crainte de voir ses fonds dilapidés. La Chine, qui s’intéresse aux ressources naturelles du Zimbabwe, offre une solution de rechange au régime, mais présente de lourdes exigences en contrepartie, dit le professeur. Le manque de légitimité du gouvernement actuel mine la confiance envers le pays et freine les investissements extérieurs, laissant de larges pans de la population dans la misère, soutient Enock Mudzamiri. « On assiste à une continuation du même système et ça ne risque pas de changer de sitôt », déplore-t-il.

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